L’interview

Comment l’idée de ce voyage est-elle née ?

C’est un rêve que nous avons fait à deux. Il s’est d’abord esquissé au fil de nos lectures, puis a pris corps grâce à des échanges avec d’autres voyageurs et des recherches effectuées sur internet. Si l’idée a germé trois ans avant notre départ, nous nous sommes consacrés activement à la préparation de notre périple et à la recherche de sponsors les six derniers mois.

 Paysage du Maroc

 

Quelles difficultés avez-vous rencontrées lors de la préparation ?

C’est l’étape la plus critique. En réalité, traverser l’Afrique à vélo n’a rien de particulièrement difficile. En revanche, prendre la décision de réaliser un tel voyage est une véritable épreuve. Partir, c’est se mettre en marge, c’est renoncer, même momentanément, à la vie que vous vous étiez construite (carrière, logement,  réseau amical, famille…) Votre choix laisse vos proches perplexes, mais le plus dur à convaincre, c’est vous-même. Souvent, les obstacles les plus difficiles à surmonter sont ceux que l’on a soi-même dressés. Il faut faire le deuil de son petit confort et de sa sécurité, puis vaincre sa peur bien légitime de l’inconnu. Une fois sur la route, tout paraît plus simple, l’aventure vous transporte.

Le tandem s'est  révélé un excellent passeport pour les rencontres. Avec son chargement, il suscite la curiosité et permet d’engager la conversation.

Pourquoi  l’Afrique ?

Nous avions déjà effectué un voyage d’un mois en Afrique de l’Ouest et avions particulièrement apprécié l’atmosphère locale et la chaleur des rencontres. Nous souhaitions revenir plus longuement et découvrir ce continent fascinant dans sa globalité en voyageant à vitesse plus humaine. Le vélo s’est imposé comme le moyen de locomotion idéal. Il rend au monde toute sa grandeur, permet d’être le moteur de sa propre progression et surtout offre l’opportunité de découvrir l’envers du décor, celui qu’un véhicule motorisé traversera sans s’arrêter. 

 

 

Casamance 

Pourquoi le tandem ?

C’était le symbole de notre volonté commune d’aller de l’avant. De manière plus pragmatique, il évitait d’avoir à se courir après en permanence et permettait de tout partager, le meilleur comme le pire ! Le tandem s'est également révélé un excellent passeport pour les rencontres. Avec son chargement, il suscite la curiosité et permet d’engager la conversation. Il offre la possibilité, par ailleurs, de faire découvrir les joies du vélo à des gens qui n’en ont jamais fait voire jamais vu. En pays masaï notamment, notre monture nous a permis de nous forger des souvenirs inoubliables.

Si les enlèvements et les agressions font la une des journaux, statistiquement, le risque majeur reste l’accident de la circulation

Comment votre relation de couple a-t-elle évolué lors de cette expérience hors du commun ?

Même si nous avons imaginé ensemble ce projet, nous avions sous-estimé les difficultés liées à la vie à deux sur la route. On nous avait mis en garde contre les enlèvements, les agressions, les vols, mais personne ne nous avait alerté sur le risque que nous représentions l’un pour l’autre. Nous avons vécu une situation que très peu de couples ont pu expérimenter. Pendant 18 mois, nous sommes restés ensemble 24h/24, sans possibilité d’échappatoire. Un terrain propice aux conflits qui devient explosif lorsqu’il faut en plus faire face à la fatigue, la promiscuité, l’inconfort, les ennuis mécaniques ou encore les troubles météorologiques. Pour ne pas nous entre-dévorer, nous nous sommes aménagés des temps de communication. Chaque jeudi, nous ouvrions notre cœur à l’autre, une manière de crever l’abcès et d’éviter de monter des broutilles en épingle. 

 Sahara

 

Traverser l’Afrique à vélo, n’est-ce pas trop dangereux ?

Comme dans toute entreprise, le risque zéro n’existe pas. Perçu par le prisme déformant des médias, le continent entier paraît à feu et à sang. Nous ne cherchons pas à nier ou à sous-estimer les dangers, toutefois, il convient de relativiser. Si les enlèvements et les agressions font la une des journaux, statistiquement, le risque majeur reste l’accident de la circulation. Il faut en être conscient et mettre tout en œuvre pour s’en prémunir. Bien sûr, les zones de conflits ou certaines régions réputées dangereuses sont à éviter. Sur place, il est plus facile de se forger une image de la réalité du terrain, d’obtenir des informations fiables et de tracer son itinéraire en connaissance de cause. 

Dans les zones les plus chaudes, nous consommions jusqu’à 20 litres d’eau de boisson par jour.

Où dormiez-vous ?

Nous étions totalement autonomes. Chaque soir, nous cherchions à dresser notre tente à proximité d’un village ou d’une habitation. Ne maîtrisant pas tous les risques liés aux environnements dans lesquels nous évoluions, c’était pour nous un gage de sécurité et l’occasion de faire des rencontres. Bien qu’éphémères, elles furent notre moteur, l’âme de notre voyage. 

 Nshima Zambie

 

Qu’avez-vous mangé pendant ces 18 mois ?

Même si nous transportions toujours des rations de survie pour 3 jours, nous avons essentiellement consommé des produits locaux. Nous partagions des repas avec nos hôtes, le plus souvent composés de riz ou de boules de pâte à base de manioc ou de maïs.

 

Comment vous-êtes vous ravitaillés en eau ?

Dans les zones les plus chaudes, nous consommions jusqu’à 20 litres d’eau de boisson par jour. Nous ne pouvions en transporter que 10. Il fallait donc trouver un point de ravitaillement en cours de d’étape. Souvent, le puits d’un village. Beaucoup, sans margelle et à ciel ouvert, constituaient une vraie source potentielle de maladies. Même si nous avions tout le matériel nécessaire pour purifier l’eau (filtre, pastille, Steripen), il nous est régulièrement arrivé de boire, poussés par la soif, sans aucun traitement préalable. Un exemple à ne pas suivre…

 No man's land

  

Et les maladies ?

Olivier a régulièrement souffert de troubles intestinaux, parfois accompagnés de fièvre. Il a également contracté le paludisme au Burkina-Faso. Une crise sévère qui a nécessité une hospitalisation et trois semaines d’arrêt. Nous avons suivi une prophylaxie (doxycycline) dés notre entrée en zone impaludée, mais l’avons rapidement stoppée victimes du principal effet secondaire du médicament : la photosensibilisation. Le palu n’est pas une maladie anodine et il convient de consulter un médecin avant de partir afin de déterminer le traitement le mieux adapté à son profil. 

Physiquement j’étais de retour, mais mon esprit continuait à voguer sur les pistes africaines.

Comment vous êtes vous procuré les différents visas ?

La plupart du temps, nous achetions les visas aux postes frontières. Lorsque nous ne parvenions pas à avoir des informations suffisamment fiables sur la possibilité de les obtenir dans ces conditions, nous déposions une demande auprès de l’ambassade dans la capitale précédente. Ce fut le cas notamment pour le visa  mauritanien obtenu à Rabat. Nous nous étions procuré un visa de deux mois, le temps de traverser le désert et de rejoindre Nouakchott où nous avons fait proroger notre titre d’un mois supplémentaire.

 Cap de Bonne-Espérance

 

Comment s’est passé votre retour ?

Nous avons vécu le retour de manière très différente. Adeline a rapidement retrouvé du travail et a pu s’impliquer dans de nouveaux projets très différents. Une façon de tourner la page en douceur. Quant à moi, je me suis consacré à la rédaction du livre retraçant notre aventure. Physiquement j’étais de retour, mais mon esprit continuait à voguer sur les pistes africaines. Il m’a fallu six mois et une petite déprime avant de retrouver mes marques. Cette dernière étape est souvent négligée lors de la préparation du voyage. Un peu d’anticipation financière et psychologique permet sans doute de raccrocher les wagons dans de meilleures conditions. 

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